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Les Nécrophiles Anonymes

    Je ne parle pas beaucoup de mes lectures sur ce blog, même quasiment jamais (juste une fois, auparavant, avec La brigade des loups de Lilian Peschet), mais je pense qu’il est important de dire quand on a lu quelque chose de vraiment bien. Aujourd’hui, je vais donc vous parler des excellents romans de Cécile Duquenne, « Quadruple Assassinat dans la rue de la Morgue » et « L’étrange cas du docteur Ravna et de monsieur Gray ».

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    Ces deux romans appartiennent tous deux à la série des Nécrophiles Anonymes, dont ils constituent les tomes 1 et 2. Publiés aux éditions Voy’[e]l (eh oui, eux aussi), ces deux romans nous entraînent dans l’univers étrange et fantasque de Népomucène Lemercier, préposé à la morgue, et de son ami Bob, le vampire.

    Népomucène, préposé à la Morgue, mène une vie tranquille et nocturne en compagnie de Bob, vampire d’environ 150 ans d’âge. Lorsqu’il manque devenir la cinquième victime d’un mystérieux assassin, son ami de longue date mène l’enquête. L’immortel est certain qu’une autre créature surnaturelle a commis le massacre.
Ainsi commencent les aventures des Nécrophiles anonymes.

    Le premier tome de cette série, qui devrait en compter six, à terme, nous plonge dans un univers parfaitement dépeint par l’auteur. Toute la force de ce premier livre tient dans la caractérisation des personnages : crédibles et attachants, ils donnent envie d’aller plus loin, de poursuivre la lecture jusqu’au bout, sans interruption. Pour moi qui déteste d’ordinaire les histoires de vampires, je me suis surprise à dévorer ce premier tome en grande partie grâce au charisme de Bob (oui, on peut s’appeler Bob et avoir du charisme). L’intrigue, simple au demeurant, n’en reste pas moins plaisante à suivre, bien que la révélation finale ait tout de même été facile à deviner. J’ai une excuse, je suis flic. L’écriture fluide et maîtrisée de Cécile Duquenne nous entraîne dans son histoire sans jamais nous perdre ; on sent beaucoup d’expérience dans sa fa&ccecil;on de manier les mots, un gros plus ! Qui a dit que les Français ne savaient pas faire de la bonne littérature SFFF ?

    En tant que vampire, Bob n’échappe pas à certains doutes et ressent le besoin de retrouver ses plus vieux amis. Mais les réjouissances tournent court lorsqu’un certain vampire nommé Dorian Gray hypnotise Bob et en fait son pantin. Qui est vraiment Dorian ? Quel lien l’unit à Bob ? Entre hallucinations puissantes et rares moments de lucidité, le vampire va tenter d’éclaircir ce mystère, lié à ses origines inconnues…
Népomucène, quant à lui, tente le tout pour le tout afin de ramener son ami à la raison. Parviendra-t-il à arracher Bob des griffes de Dorian ?

    Si j’avais beaucoup aimé le premier tome, j’avoue que ce tome 2 a été un véritable coup de cœur pour moi. L’intrigue plus complexe, la profondeur des personnages renforcée, quelques phrases magiques de Cécile Duquenne… Tous les ingrédients pour en faire, à mon sens, un roman à ne surtout pas manquer. L’auteur joue le pari de changer de narrateur et de nous faire voir l’action à travers les yeux de Bob : pari réussi, on plonge dans ses réflexions avec autant de bonheur que l’oncle Picsou dans son coffre-fort. Les relations entre Népomucène et Bob prennent un nouveau sens, se transcendent… ah ! le boy-love…
    On sent une vraie évolution après le premier tome plus simple. Évolution voulue par l’auteur, c’est possible, car après la présentation des personnages dans le tome 1, on découvre d’autres facettes de la société vampirique et une intrigue bien plus fouillée. Bref, que du bonheur !
    Juste un petit bémol, quelques coquilles dans ce tome 2 qui ont échappé à la correction, mais on les oublie vite.

    J’ajouterai à cela deux livres à la couverture superbe, du beau travail. Quoi, vous lisez encore de la bit-lit après ça ?

    Où qu’on se les procure ?
Chez tous les bons libraires, chez vous ou sur le net, ou directement sur le site de l’éditeur.
Tome 1 : Quadruple Assassinat dans la rue de la Morgue
Tome 2 : L’étrange cas du docteur Ravna et de monsieur Gray
(Promis, je vous redonne les ISBN dès que j’ai les romans sous les yeux !)
Auteur : Cécile Duquenne
Editeur : Éditions Voy’[e]l

La peur de terminer

    Je m’en suis rendue compte hier. Je calculais, fière de mon avancée, le temps qu’il me restait avant de voir le bout de mon roman. Trois petits calculs plus tard, le verdict tombe : 7 jours. Une semaine. Le même jour, la semaine prochaine.

city hunter corbeau

    Savez-vous quelle a été la première émotion que j’ai ressentie, lorsque j’en suis arrivée à cette conclusion ? La peur. La peur, oui, mais pas la petite angoisse, le frisson rigolo. La peur, celle qui fait claquer des mâchoires et trembler des genoux. Avez-vous déjà ressenti ça ? À l’aune de terminer votre œuvre, avez-vous déjà éprouvé ce blanc, ce trou noir, à l’idée que « c’est bientôt la fin » ?
    C’est très étrange de ressentir ça, alors que justement, ce n’est pas la fin : je ne vais terminer que le tome 1 de l’Opération M, il en reste encore au moins deux. Pourquoi tant d’angoisse, à l’idée d’en avoir fini ?

    Je crois – et c’est là la réponse à la grande question de ma vie (« Pourquoi je n’arrive pas à terminer mes romaaaaaaaans ? ») – que l’idée de finir renvoie à celle de me relire, me corriger et, surtout, d’être lue. Paradoxal, pour un écrivain ! Pas tant que ça, en réalité. Quand on écrit, on se met à nu. On couche sur le papier des choses que notre mère, notre mari ou nos enfants n’imagineraient même pas. Et quand on termine, quand on leur annonce qu’enfin, la boucle est bouclée, leur réaction est immédiate : ils veulent lire, donner leur avis, critiquer. Et là, on angoisse. Et s’ils n’aimaient pas ? Et si je les choquais ? Et s’ils trouvaient ça médiocre, nul, dégoûtant, etc… ?

    Je crois qu’il s’agit sans doute de la raison pour laquelle je ne parviens jamais jusqu’à la fin. Cette peur – qui se manifeste pour la première fois parce que j’ai un public qui attend la fin – m’empêche de mettre le point final. Comme ça, je peux dire que je suis un écrivain, mais qui ne parvient pas à finir ses œuvres. Comme ça, pas besoin de s’exposer au jugement des autres. Triste, et compréhensible en même temps.
    Cette fois, malgré la peur, j’irai jusqu’au bout. Pas question de me laisser aller. Il n’y aura pas de voie de garage, pas d’échappatoire. Je mettrai le point final. Du moins, le premier point final.